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 GALERIE ART PREMIER AFRICAIN GALERIE ART PRIMITIF AFRICAIN AFRICAN ART GALLERY

GALERIE ART PREMIER AFRICAIN GALERIE ART PRIMITIF AFRICAIN AFRICAN ART GALLERY

African Paris Gallery L'Oeil et la Main. Art premier primitif africain

les expositions d'art premier au XX siècle


LES GRANDES EXPOSITIONS COLONIALES :

Les expositions coloniales furent organisées au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle dans les pays européens. Elles avaient pour but de montrer aux habitants de la Métropole les différentes facettes des colonies.
Les expositions coloniales donnaient lieu à des reconstitutions spectaculaires des environnements naturels et des monuments d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie.
La mise en situation d'habitants des colonies, souvent déplacés de force, les fera qualifier dans les années 2000 de zoos humains.


La France compte alors 41,8 millions d'habitants et son Empire colonial, second derrière celui du Royaume-Uni, 67 823 000 personnes pour une superficie de 12 356 637 km².

1866 : Exposition Intercoloniale de Melbourne (Intercolonial Exhibition of Australasia)
1870 : Exposition Intercoloniale de Sydney (Intercolonial Exhibition)
1875 : Exposition Intercoloniale de Melbourne (Victorian Intercolonial Exhibition)
1876 : Exposition Intercoloniale de Brisbane (Intercolonial Exhibition)
1883 : Exposition Internationale et Coloniale d'Amsterdam (Internationale Koloniale en Untvoerhandel Tentoonsellung)
1886 : Exposition Coloniale et Indienne de Londres (Colonial and Indian Exhibition)
1894 : Exposition Internationale et Coloniale de Lyon. Elle vit l'assassinat du président de la République Sadi Carnot.
1894 : Exposition Insulaire et Coloniale de Porto (Exposição Insular e Colonial Portuguesa)
1898 : Exposition internationale et coloniale de Rochefort-sur-Mer
1902 : Indo China Exposition Française et Internationale de Hanoï
1902 : Exposition Internationale et Coloniale des Etats-Unis de New York (United States, Colonial and International Exposition), jamais tenue
1906 : Exposition coloniale de Marseille, du 15 avril au 15 novembre. Elle fut initiée et dirigée par Jules Charles-Roux. Elle attira 1 800 000 visiteurs venus visiter une cinquantaine de palais et de pavillons.
1907 : Exposition coloniale de Paris. Elle se tint au Jardin Tropical de Paris dans le Bois de Vincennes. 2 millions de visiteurs défilèrent devant les villages reconstitués.
1908 : Exposition Franco-Britannique de Londres (Franco-British Exhibition)
1911 : Festival de l'Empire de Londres (Festival of Empire)
1914 : Exposition Coloniale de Semarang (Koloniale Tentoonstelling)
1921 : Exposition Internationale du Caoutchouc et Autres Produits Tropicaux de Londres (International Exhibition of Rubber and Other Tropical Products)
1922 : Exposition nationale coloniale de Marseille, d'avril à novembre
1924 : Exposition de l'Empire Britannique de Wembley, Londres (British Empire Exhibition)
1930 : Exposition Internationale Coloniale, Maritime et d'Art flamand d'Anvers
1931 : Exposition Coloniale Internationale de Paris. Ouverture de l'exposition le 6 mai 1931, Porte de Vincennes. Elle accueillit 34 millions de visiteurs et dura 6 mois. 
 
1936 : Exposition de l'Empire de Johannesbourg (Empire Exhibition)
1938 : Exposition de l'Empire de Glasgow (Empire Exhibition)
1939 : Exposition Coloniale Allemand de Dresde (Deutsche Kolonial Ausstellung)
1940 : Exposition du Monde Portugais de Lisbonne (Exposição do Mundo Português)
1948 : Foire coloniale de Bruxelles

Les premières présentations des objets au public, et l'engouement des artistes

Paris joue un rôle prépondérant dans la diffusion des arts non occidentaux et les objets des colonies françaises sont mis à l'honneur

1878 : Paris, ouverture du museum ethnographique des mission scientifiques. présentation d'objet du Gabon rapportés par A.Marche et première présentation de reliquaire Kota en France. Après 6 semaines le musée est partiellement transféré à l'exposition universelle où sont présentés un grand nombre d'objet du Gabon.

1879 : Paris, théâtre du Chatelet , musée africain éphémère pendant les représentations de la vénus noire, pièce basée sur le récit de Georg Schweinfurth, explorateur du nord de la RDC. Aimé Bouvier présente sa collection d'objets rapportés par Marche.

1882 : Paris, ouverture du musée d'ethnographie du Trocadéro, premier musée entièrement dévolu aux productions matérielles des populations extra occidentales. Continuité du museum ethnographique des missions scientifiques.

1889: Paris, Exposition universelle, présentation au palais central des colonies de nombreuses pièces ethnographiques, dans la section Gabon-Congo. les villages des Pathouins et du Loango exhibaient des artisans au travail dont les productions étaient à vendre. Paul Gauguin visite l'exposition et y achète deux statuettes.

1897: Bruxelles, exposition universelle, le palais de l'exposition coloniale de Tervuren , présente les collections rassemblées pour l'occasion. James Ensor y découvre l'art du Congo, cet ensemble n'est pas démantelé à la fin de l'exposition, et constitue désormais la base du musée du Congo Belge de Tervuren, qui ouvre ses portes en 1910 , aujourd'hui musée royal d'Afrique Centrale.

1898: Allemagne, Léo Frobenius écrit : "les masques et les sociétés secrètes d'Afrique" comparaison, reproduction et description de 130 masques basées sur les sources écrites et les fond de 23 musées européens. plus du quart des objets représentés provient des deux Congo. on y voit notamment les reliquaires Kota des Missions Marches et Brazza.

1904-1907 : Ces années sont charnières pour l'influence qu'exercera l'art africain sur l'art moderne et Paris est le foyer de cette avant-garde. En 1906 la rétrospective au salon d'automne de l'oeuvre de Paul Gauguin, premier artiste moderne à s'être intéressé à l'art primitif contribue à l'engouement du cercled es artistes parisiens.

Les marchands parisiens d'art moderne et primitifs (Joseph Brummer, Paul Guillaume, et Charles Ratton) joueront durant les décennies suivantes un rôle international dans la diffusion de l'art africain en participant à toutes les grandes expositions

Paris 1904 & Londres 1906 : André Derain, visite le musée d'ethnographie du Trocadéro et la section africain du British Museum.

Honfleur 1905, Braque achète à un navigateur un masque du Gabon.

Paris 1906, Maurice de Vlaminck achète un masque Fang / bien que devenu une icône du primitivisme du 20ème siècle, ce masque possède une valeur de curiosité plutôt qu'une réelle valeur esthétique, il a probablement été vendu sur quelque marché à un européen amateur de souvenir coloniaux. Pourtant Paul Guillaume écrivait à son sujet , "un masque étonnante évocation des mystères Pathouins, un tabou émouvant comme une hallucination"

Paris 1907 Picasso visite le musée ethnographique du Trocadéro. " quand je suis allé au Trocadéro j'ai compris que c'était très important : il m'arrivait quelque chose, j'ai compris à quoi elle servait ;leur sculpture aux nègres; tous les fétiches étaient des armes , pour aider les gens à ne plus être les sujets des esprits à devenir indépendants." propos de Picasso recueillis par Malraux.

Souvent oubliée, l’exposition coloniale de 1907 dont l’ambition se limitait aux colonies françaises a été organisé au bois de Vincennes, en lisière de la commune de Nogent-sur-Marne. Le lieu même de cette petite exposition organisée par la Société Française de Colonisation, est resté intact, et l’on peut encore se promener à travers quelques pavillons de 1907, même si certain ont subi les outrages irrémédiables du temps et de la tempête de 1998.

De mai à octobre 1907, l’organisation de l’Exposition coloniale transforme le site. Cinq villages avec leurs habitants sont reconstitués : villages indochinois, malgache, congolais, ferme soudanaise et campement touareg. Le jardin est à peu près divisé en deux parties : l’Asie et l’Afrique Des pavillons accueillent des expositions de produits coloniaux : tapis, café, chocolat, thé à déguster sur place. L’Exposition accueille près de 2 millions de visiteurs en 6 mois.

1914 : New-York, Gallery 291, Statuary in wood by african savages : the root of modern art. exposition comprenant des objets du Gabon provenant de la collection Paul Guillaume, Le commissaire Marius de Zayas, dessinateur mexicain, publie en 1916 african Negro Art its influence on modern art.

1915 : Paris, Bruxelles, Leipzig, Carl Einstein, historien d'art allemand, écrit Negerplastik après avoir visité le musée de Tervuren. il fréquente les cercles d'artistes parisiens; ayant contribué à la diffusion des arts d'Afrique.

1916 : Paris, Atelier d'Emile Lejeune, première présentation française, de la collection de Paul Guillaume. son succès constitue le point de départ de l'intérêt pour l'art africain, au delà des artistes modernes. Paul Guillaume, rencontre Jospeh Brummer , Artiste hongrois désargenté , il lui ^présente Guillaume Appolinaire et Brummer, débute un commerce d'objets africains, avec les artistes , le succès l'incitera à ouvrir une galerie à Paris en 1906, puis une autre à New-York en 1922. Jusqu'en 1930 il joue un rôle fédérateur dans la diffusion de l'art africain, en 1923 sa collection est estimée à 500 pièces.

1917 : Paris, Paul Guillaume et Guillaume Apollinaire, Sculpture nègre, premier livre français sur l'art africain, la moitié des objet provient du Gabon.

" c'est par une grande audace du goût que l'on est venu à considérer ces idoles nègres comme de véritables oeuvres d'art" G. Apollinaire

" C'est du fond, des vastes régions forestières de l'Afrique occidentales et de l'Afrique équatoriale , que nous sont venues les oeuvres les plus significatives et les plus imprévues. " P Guillaume

1919 : Paris, Galerie Devambez. Première exposition d'art nègre et d'art océanien, organisée par P Guillaume et André Level. le Succès est immense, le catalogue : l'art nègre et l'art océanien, écrit par A level collectionneur et enri Clouzot spécialiste des arts appliqués, est un essai stylistique, typologique et historique. la moitié des objets reproduits provient du Gabon et des deux Congo.

1923 : Brooklyn, l'exposition Primitive negro art, présente 1500 objets provenant essentiellement de RDC, ces pièces ont été acquises en 1921 et 1922 en Europe pour le musée de Brooklyn, P Guillaume fut un des pourvoyeurs d'objets.

1922-1925 : Paris, l'ornementation des objets du Congo est mise en évidence par A Level, et   H Clouzot, dans plusieurs articles et ouvrages, et deux expositions: exposition de l'art indigène des colonies françaises, (pavillon de marsan 1923) et l'art des colonies françaises et du congo Belge (musée des arts décoratifs, 1925) leur objectif est de voir les industriels s'en inspirer.

1926 : Philadelphie, Paul Guillaume et Thomas Munro directeur de la fondation Barnes , écrivent Primitive Negro Sculpture édité en France en 1929 , il s'agit du troisième ouvrage français sur le sujet, et le 1er à vouloir identifier, les styles de l'art arficain. la moitié des illustrations représente des objets du Gabon et des deux Congo.

1927 : New-York, Alan Locke, Philosophe, afro américain, conçoit The Harlem museum of african art, 1er musée américain totalement consacré à l'art africain, qui ne verra jamais le jour, l'exposition inuagurale arts collection of primitive african art est consacrée aux objets d'afrique centrale.

1930 : Paris, galerie du théâtre Pigalle, exposition d'art africain et d'art océanien, organisée par Charles Ratton, et Tristan Tzara, importante présentation d'objets, dont certaines typologies, montrées pour la première fois à Paris, près de la moitié des pièces exposées

** Charles Ratton, commence sa collection, en 1923, et devient la référence en matière d'art efricain en 1930.

** N-Y , Valentine Gallery, rare sculpture africaine, de la collection de Paul Guillaume

** Bruxelles, exposition art nègre, les arts anciens de l'Afrique Noire, organisée par Charles Ratton, le catalogue illustre pour les deux tiers les objets des deux congo.

1931 : Paris , Galerie Ratton, expositions masques africains,

" Noir et Sauvage ou primitifs ne sont plus synonymes, l'idée s'est formée d'un art d'afrique infiniement plus vaste et plus complexe que l'art nègre" Charles Ratton, catalogue de l'exposition.

L'Exposition coloniale internationale de 1931 est organisée à la Porte Dorée à Paris, sur le site du bois de Vincennes. Sa direction est confiée au maréchal Hubert Lyautey. Elle doit représenter ce qui a été rapporté en France lors des colonisations de l'Afrique noire, de Madagascar, de l'Afrique du Nord, de l'Indochine, de la Syrie et du Liban.

L'Exposition est inaugurée le 6 mai 1931 par Paul Reynaud, Gaston Doumergue, le gouverneur des colonies faisant office de secrétaire général Léon Geismar, et le maréchal Lyautey.

Elle se veut le reflet de la puissance coloniale de la France, ainsi qu'un outil économique au service des industriels métropolitains et coloniaux.

Pour l'Exposition, on construit à l'est de Paris dans le 12e arrondissement, autour du lac Daumesnil, dans le bois de Vincennes, un ensemble de monuments représentatifs des colonies. Cet ensemble s'étend sur 110 hectares et son entrée principale est située à la Porte Dorée.


 
Vue générale de l'avenue des ColoniesToutes les colonies françaises, ainsi que les pays sous protectorats français, sont représentées :

Afrique équatoriale française
Afrique occidentale française
Algérie française
Cameroun et Togo
Côte française des Somalis
États du Levant (Syrie, État du Grand Liban, Territoire des Alaouites)
Guadeloupe
Guyane
Indes françaises
Indochine française
Madagascar
Maroc
Martinique
Monument des Forces d'Outremer
Nouvelle-Calédonie
Établissements français de l'Océanie
Réunion
Saint-Pierre-et-Miquelon
Tunisie
 
Pavillon des Pays-BasDes pays étrangers sont représentés :

Belgique
Danemark
États-Unis d'Amérique
Italie
Royaume-Uni
Pays-Bas
Portugal
Les Églises sont représentées avec les pavillons des Missions catholiques et des Missions protestantes.


La Cité des Informations et le Palais de la Section MétropolitaineUn ensemble de bâtiments généraux complétent cette exposition :

La Cité des Informations
La Section métropolitaine
Le musée des Colonies et son aquarium tropical
Le jardin zoologique
La Section des Attractions (parc des Attractions, îles des Attractions)

les pavillons africains :

Cette section présente sur 4 hectares les bâtiments suivants :

  • Le Palais de l'Afrique Occidentale Française, siège du gouvernement général de l'AOF, construit en terre séchée, d'après la technique soudanaise. Le centre de ce palais est constitué d'une tour de 45 mètres de haut.
  • Un village soudanais
  • Un village indigène sur le lac
  • Un restaurant gastronomique au bord d'un petit lac.

.La section du Cameroun et du Togo est composée de reproduction de cases de chefs et d'indigènes Bamoun, au Cameroun.

Le plus grand pavillon présente les ressources du pays.

Les autres pavillons sont attribués aux œuvres sociales, à l'enseignement, à la chasse, au tourisme, à l'artisanat.

Le Musée des colonies
 
Musée permanent des ColoniesLe musée permanent des colonies se présente sous la forme d'un bâtiment de 88 mètres de long sur 60 de large. Sa façade est ornée d'un grand bas-relief dû au sculpteur Alfred Janniot, qui retrace l'histoire économique des colonies. Sa réalisation a nécessité 3 ans de travail.

Ce musée présente sur 5000 m² 2 sections de l'exposition :

La section de synthèse, qui offre une vue synthétique de l'effort colonial dans tous les domaines depuis 1870
La section rétrospective, qui retrace les époques de notre histoire coloniale, et ce depuis les Croisades.
 
Salle des Fêtes du Musée permanent des ColoniesCe musée présente aussi:

Un aquarium tropical, présentant la faune coloniale aquatique
Une salle des fêtes de 1 200 places, au centre du bâtiment
Deux salons ovales ornés de fresques
Sur le perron, se trouve une statue de Léon-Ernest Drivier, symbolisant la France et ses colonies. Cette statue se trouve de nos jours au sommet de la fontaine de la Porte Dorée.

Spectacles et animations
Dans toutes les sections, de nombreuses animations et différents spectacles sont proposés aux visiteurs.

Dans chaque section, de nombreux indigènes travaillent et donnent vie aux villages reconstitués : Tailleurs, potiers, sculpteurs, tisserands, maroquiniers: tout un peuple d'artisans indigènes travaillent sous les yeux du public. D'autres tiennent des stands de souvenirs, comme dans les souks des sections nord-africaines.

Sur le lac, toutes sortes d'embarcations de pêche font des démonstrations d'évolution : pirogues malgaches ou sénégalaises, samboucs somaliens, etc.

Chaque section présente un spectacle ou des danses de la colonie. On trouve ainsi, par exemple :

Le Théâtre Annamite avec son dragon
Une compagnie indienne de musique
Les danseuses Foulahs (ethnie pastorale d'Afrique de l'Ouest) de la province de Siguiri (province de Guinée)
Les danseuses balinaises, de la cour du sultan de Java
Les danseurs Canaques de Nouvelle-Calédonie

Ainsi au début du XX c'est sous cette forme que sont montrés les arts premiers, ils sont également présentés dans les collections des musées qui commencent à se constituer et se sont enrichis au fil de la colonisation. Bien évidemment ce type d'exposition s'est vue fortement critiquée au début du XXI siècle. on les qualifie alors de Zoo Humains.

1933: Londres, Reid et Lefevre galleries, exposition sculpture africaine primitive

** New-York, Durand Ruel, gallery, exposition, exposition de têtes et de statues africaines anciennes, de la tribu des Pathouins du Gabon. le titre fait référence aux statues des reliuqaires .

1935 : New-York, Museum of modern Art, Exposition African Negro Art, pour la première fois des objets africains, entrent dans un musée d'art moderne, sur les 600 pièces présentées , 250 viennent du Gabon et des deux Congo.

" il est rassemblé la plupart des meilleures pièces de musées, et des collections privées d'Europe, et cette confrontation permet une à l'étude de l'art africain, naissant."

"C'est un fait, Vers l'année 1905, les artistes européens, réalisent les qualités et l'intérêt de la sculpture, nègre traditionnelle, face à laquelle leurs prédécesseurs étaient restés aveugles, ce qui aboutira à une plastique européenne rafraichie.

** New-York , Pierre Matisse, Gallery , exposition de la collection Charles Ratton.

1937: Paris, Galerie Ratton, Exposition la mode au Congo, coiffures et ornements de cheveux du Congo, portfolios de Man Ray avec célébrités parisiennes en étant parés.




Image exposition coloniale ou zoo humain

Extrait du monde diplomatique

DES EXHIBITIONS RACISTES QUI FASCINAIENT LES EUROPÉENS

Ces zoos humains de la République coloniale
Comment cela a-t-il été possible ? Les Européens sont-ils capables de prendre la mesure de ce que révèlent les « zoos humains » de leur culture, de leurs mentalités, de leur inconscient et de leur psychisme collectif ? Double question alors que s’ouvre enfin, à Paris, au c ur du temple des arts - le Louvre -, la première grande exposition sur les arts premiers.

Par Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine LemaireLes zoos humains, expositions ethnologiques ou villages nègres restent des sujets complexes à aborder pour des pays qui mettent en exergue l’égalité de tous les êtres humains. De fait, ces zoos, où des individus « exotiques » mêlés à des bêtes sauvages étaient montrés en spectacle derrière des grilles ou des enclos à un public avide de distraction, constituent la preuve la plus évidente du décalage existant entre discours et pratique au temps de l’édification des empires coloniaux.

« Cannibales australiens mâles et femelles. La seule et unique colonie de cette race sauvage, étrange, défigurée et la plus brutale jamais attirée de l’intérieur des contrées sauvages. Le plus bas ordre de l’humanité  (1). »

L’idée de promouvoir un spectacle zoologique mettant en scène des populations exotiques apparaît en parallèle dans plusieurs pays européens au cours des années 1870. En Allemagne, tout d’abord, où, dès 1874, Karl Hagenbeck, revendeur d’animaux sauvages et futur promoteur des principaux zoos européens, décide d’exhiber des Samoa et des Lapons comme populations « purement naturelles » auprès des visiteurs avides de « sensations ». Le succès de ces premières exhibitions le conduit, dès 1876, à envoyer un de ses collaborateurs au Soudan égyptien dans le but de ramener des animaux ainsi que des Nubiens pour renouveler l’« attraction ». Ces derniers connurent un succès immédiat dans toute l’Europe, puisqu’ils furent présentés successivement dans diverses capitales comme Paris, Londres ou Berlin.

Un million d’entrées payantes
Une telle réussite a, sans aucun doute, influencé Geoffroy de Saint-Hilaire, directeur du Jardin d’acclimatation, qui cherchait des attractions à même de redresser la situation financière délicate de l’établissement. Il décide d’organiser, en 1877, deux « spectacles ethnologiques », en présentant des Nubiens et des Esquimaux aux Parisiens. Le succès est foudroyant. La fréquentation du Jardin double et atteint, cette année-là, le million d’entrées payantes... Les Parisiens accourent pour découvrir ce que la grande presse qualifie alors de « bande d’animaux exotiques, accompagnés par des individus non moins singuliers ». Entre 1877 et 1912, une trentaine d’« exhibitions ethnologiques » de ce type seront ainsi produites au Jardin zoologique d’acclimatation, à Paris, avec un constant succès.

De nombreux autres lieux vont rapidement présenter de tels « spectacles » ou les adapter à des fins plus « politiques », à l’image des Expositions universelles parisiennes de 1878, de 1889 (dont le « clou » était la tour Eiffel) - un « village nègre »et 400 figurants « indigènes » en constituaient l’une des attractions majeures - et celle de 1900, avec ses 50 millions de visiteurs et le célèbre Diorama « vivant » sur Madagascar, ou, plus tard, les Expositions coloniales, à Marseille en 1906 et 1922, mais aussi à Paris en 1907 et 1931.

Des établissements se spécialisent dans le « ludique », comme les représentations programmées au Champ-de-Mars, aux Folies-Bergère ou à Magic City ; et dans la reconstitution coloniale, avec, par exemple, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, la reconstitution de la défaite des Dahoméens de Behanzin devant l’armée française...

Pour répondre à une demande plus « commerciale » et à l’appel de la province, les foires et expositions régionales deviennent très vite les lieux de promotion par excellence de ces exhibitions. C’est dans cette dynamique que se structurent, très rapidement, les « troupes » itinérantes - passant d’une exposition à une foire régionale - et que se popularisent les célèbres « villages noirs » (ou « villages sénégalais »), comme lors de l’exposition de Lyon en 1894. Il n’est dès lors pas une ville, pas une exposition et pas un Français qui ne découvrent, à l’occasion d’un après-midi ensoleillé, une reconstitution « à l’identique » de ces contrées sauvages, peuplées d’hommes et d’animaux exotiques, entre un concours agricole, la messe dominicale et la promenade sur le lac.

C’est alors par millions que les Français, de 1877 au début des années 30, vont à la rencontre de l’Autre. Un « autre » mis en scène et en cage. Qu’il soit peuple « étrange » venu de tous les coins du monde ou indigène de l’Empire, il constitue, pour la grande majorité des métropolitains, le premier contact avec l’altérité. L’impact social de ces spectacles dans la construction de l’image de l’Autre est immense. D’autant qu’ils se combinent alors avec une propagande coloniale omniprésente (par l’image et par le texte) qui imprègne profondément l’imaginaire des Français. Pourtant, ces zoos humains demeurent absents de la mémoire collective.

L’apparition, puis l’essor et l’engouement pour les zoos humains résultent de l’articulation de trois phénomènes concomitants : d’abord, la construction d’un imaginaire social sur l’autre (colonisé ou non) ; ensuite, la théorisation scientifique de la « hiérarchie des races » dans le sillage des avancées de l’anthropologie physique ; et, enfin, l’édification d’un empire colonial alors en pleine construction.

Bien avant la grande expansion coloniale de la IIIe République des années 1870-1910, qui s’achève par le tracé définitif des frontières de l’Empire outre-mer, s’affirme, en métropole, une passion pour l’exotisme et, en même temps, se construit un discours sur les « races » dites inférieures au croisement de plusieurs sciences. Certes, la construction de l’identité de toute civilisation se bâtit toujours sur des représentations de l’autre qui permettent - par effet de miroir - d’élaborer une autoreprésentation, de se situer dans le monde.

En ce qui concerne l’Occident, on peut déceler les premières manifestations de cela dans l’Antiquité (la catégorisation du « barbare », du « métèque » et du citoyen), idée à nouveau portée par l’Europe des croisades, puis lors de la première phase d’explorations et de conquêtes coloniales des XVIe et XVIIe siècles. Mais, jusqu’au XIXe siècle, ces représentations de l’altérité ne sont qu’incidentes, pas forcément négatives et ne semblent pas pénétrer profondément dans le corps social.

Avec l’établissement des empires coloniaux, la puissance des représentations de l’autre s’impose dans un contexte politique fort différent et dans un mouvement d’expansion historique d’une ampleur inédite. Le tournant fondamental reste la colonisation, car elle impose la nécessité de dominer l’autre, de le domestiquer et donc de le représenter.

Aux images ambivalentes du « sauvage », marquées par une altérité négative mais aussi par les réminiscences du mythe du « bon sauvage » rousseauiste, se substitue une vision nettement stigmatisante des populations « exotiques ». La mécanique coloniale d’infériorisation de l’indigène par l’image se met alors en marche, et, dans une telle conquête des imaginaires européens, les zoos humains constituent sans aucun doute le rouage le plus vicié de la construction des préjugés sur les populations colonisées. La preuve est là, sous nos yeux : ils sont des sauvages, vivent comme des sauvages et pensent comme des sauvages.
Ironie de l’histoire, ces troupes d’indigènes qui traversaient l’Europe (et même l’Atlantique) restaient bien souvent dix ou quinze ans hors de leurs pays d’origine et acceptaient cette mise en scène... contre rémunération. Tel est l’envers du décor de la sauvagerie mise au zoo, pour les organisateurs de ces exhibitions : le sauvage, au tournant du siècle, demande un salaire (2) !

En parallèle, un racisme populaire se déploie dans la grande presse et dans l’opinion publique, comme toile de fond de la conquête coloniale. Tous les grands médias, des journaux illustrés les plus populaires - comme Le Petit Parisien ou Le Petit Journal - aux publications à caractère « scientifique » - à l’image de La Nature ou La Science amusante -, en passant par les revues de voyages et d’exploration - comme Le Tour du monde ou le Journal des voyages -, présentent les populations exotiques - et tout particulièrement celles soumises à la conquête - comme des vestiges des premiers états de l’humanité.

Le vocabulaire de stigmatisation de la sauvagerie - bestialité, goût du sang, fétichisme obscurantiste, bêtise atavique - est renforcé par une production iconographique d’une violence inouïe, accréditant l’idée d’une sous-humanité stagnante, humanité des confins coloniaux, à la frontière de l’humanité et de l’animalité (3).

La race blanche naturellement supérieure
Simultanément, l’infériorisation des « exo tiques » est confortée par la triple articulation du positivisme, de l’évolutionnisme et du racisme. Les membres de la société d’anthropologie - créée en 1859, à la même date que le Jardin d’acclimatation de Paris - se sont rendus plusieurs fois à ces exhibitions grand public pour effectuer leurs recherches orientées vers l’anthropologie physique. Cette science obsédée par les différences entre les peuples et l’établissement de hiérarchies donnait à la notion de « race » un caractère prédominant dans les schémas d’explication de la diversité humaine. On assiste, à travers les zoos humains, à la mise en scène de la construction d’une classification en « races » humaines et de l’élaboration d’une échelle unilinéaire permettant de les hiérarchiser du haut en bas de l’échelle évolutionniste.

Ainsi, le comte Joseph Arthur de Gobineau, par son Essai sur l’inégalité des races humaines (1853-1855), avait établi l’inégalité originelle des races en créant une typologie sur des critères de hiérarchisation largement subjectifs comme « beauté des formes, force physique et intelligence », consacrant ainsi les notions de « races supérieures » et « races inférieures ». Comme beaucoup d’autres, il postule alors la supériorité originelle de la « race blanche », qui possède, selon
lui, le monopole de ces trois données et sert alors de norme lui permettant de classer le Noir dans une infériorité irrémédiable au plus bas de l’échelle de l’humanité et les autres « races » comme intermédiaires.

Une telle classification se retrouve dans les programmations parisiennes des zoos humains et conditionne largement l’idéologie sous-jacente de ces spectacles. Lorsque les Cosaques sont, par exemple, invités au Jardin zoologique d’acclimatation, l’ambassade de Russie insiste pour qu’ils ne soient pas confondus avec les « nègres » venus d’Afrique, et, lorsque Buffalo Bill arrive avec sa « troupe », il trouve sans conteste sa place au Jardin grâce à la présence d’« Indiens » dans son spectacle ! Enfin, quand les lilliputiens sont présentés au public, ils entrent sans aucun problème dans la même terminologie de la différence, de la monstruosité et de la bestialité que les populations exotiques !

Du darwinisme social au colonialisme
Le darwinisme social, vulgarisé et réinterprété par un Gustave Le Bon ou un Vacher de Lapouge au tournant du siècle, trouve sa traduction visuelle de distinction entre « races primitives » et « races civilisées » dans ces exhibitions à caractère ethnologique. Ces penseurs de l’inégalitarisme découvrent, à travers les zoos humains, un fabuleux réservoir de spécimens jusqu’alors impensable en métropole.

L’anthropologie physique, comme l’anthropométrie naissante, qui constitue alors une grammaire des « caractères somatiques » des groupes raciaux - systématisé dès 1867 par la Société d’anthropologie avec la création d’un laboratoire de craniométrie -, puis le développement de la phrénologie, légitiment le développement de ces exhibitions. Elles incitent les scientifiques à soutenir activement ces programmations, pour trois raisons pragmatiques : une mise à disposition pratique d’un « matériel » humain exceptionnel (variété, nombre et renouvellement des spécimens...) ; un intérêt du grand public pour leurs recherches, et donc une possibilité de promouvoir leurs travaux dans la grande presse ; enfin, la démonstration la plus probante du bien-fondé des énoncés racistes par la présence physique de ces « sauvages ».

Les civilisations extra-européennes, dans cette perception linéaire de l’évolution socioculturelle et cette mise en scène de proximité avec le monde animalier, sont considérées comme attardées, mais civilisables, donc colonisables. Ainsi, la boucle est bouclée. La cohérence de tels spectacles devient une évidence scientifique, en même temps qu’une parfaite démonstration des théories naissantes sur la hiérarchie des races et une parfaite illustration in situ de la mission civilisatrice alors en marche outre-mer. Scientifiques, membres du lobby colonial ou organisateurs de spectacles y trouvent leur compte.

La mise en pratique des fondements anthropologiques « darwiniens » de la science politique, illustrée et popularisée par de telles exhibitions, va très vite donner une résonance au projet « eugéniste » de Georges Vacher de Lapouge et consorts, dont le programme consistait en l’amélioration des qualités héréditaires de telle ou telle population au moyen d’une sélection systématique et volontaire. Très significativement, les exhibitions de « monstres » (nains ou lilliputiens comme au Jardin zoologique d’acclimatation en 1909, bossus ou géants dans les nombreuses fêtes foraines itinérantes, macrocéphales ou « nègres » albinos comme en 1912 à Paris) connaissent au tournant du siècle une très forte popularité, qui accompagne et interpénètre le succès foudroyant des zoos humains. Sans doute eugénisme, darwinisme social et hiérarchie raciale se répondent-ils dialectiquement. Sans doute participent-ils d’une même angoisse devant l’altérité, angoisse qui trouve alors son exutoire dans une rationalisation inégalitaire des « races », dans une stigmatisation commune du « taré » et de l’« indigène ».

Les « zoos humains » se trouvent ainsi au confluent d’un racisme populaire et de l’objectivation scientifique de la hiérarchie raciale, tous deux portés par l’expansion coloniale. Remarquable indice de cette confluence, les « exhibitions ethnologiques »du Jardin zoologique d’acclimatation sont légitimées, comme nous l’avons vu, par la Société d’anthropologie et par la quasi-totalité de la communauté scientifique française. Même si, entre 1890 et 1900, la Société d’anthropologie devient nettement plus circonspecte quant au caractère « scientifique » de tels spectacles, elle ne peut qu’apprécier cet afflux de populations qui lui permettent d’approfondir ses recherches sur la diversité des « espèces ». La rupture va naître finalement de l’importance croissante donnée à ces divertissements appréciés du public, et surtout à leur caractère de plus en plus populaire et théâtral.

Il faut dire que ces spectacles - mais aussi les exhibitions au Champ-de-mars et aux Folies-Bergère - se structurent sur une mise en scène de plus en plus élaborée de la « sauvagerie » : accoutrement baroque, danses frénétiques, simulation de « combats sanguinaires » ou de « rites canni bales », insistance des programmes publicitaires sur la « cruauté », la « barbarie » et les « coutumes inhumaines » (sacrifices humains, scarifications...).

Entre « eux » et « nous », une barriére infranchissable Tout converge pour qu’entre 1890 et la première guerre mondiale une image particulièrement sanguinaire du sauvage s’impose. Ces « spectacles » - construits sans aucun souci de vérité ethnologique, est-il besoin de le préciser - renvoient, développent, actualisent et légitiment les stéréotypes racistes les plus malsains qui forment l’imaginaire sur l’« autre » au moment de la conquête coloniale. Effectivement, il est essentiel de souligner que la « fourniture de ces indigènes » suit étroitement les conquêtes de la République outre-mer, recevait l’accord (et le soutien) de l’administration coloniale et contribuait à soutenir explicitement l’entreprise coloniale de la France.

Ainsi, des Touaregs furent exhibés à Paris durant les mois suivant la conquête française de Tombouctou en 1894 ; de même, des Malgaches apparurent une année après l’occupation de Madagascar ; enfin, le succès des célèbres amazones du royaume d’Abomey fait suite à la très médiatique défaite de Behanzin devant l’armée française au Dahomey. La volonté de dégrader, d’humilier, d’animaliser l’autre - mais aussi de glorifier la France outre-mer à travers un ultranationalisme à son apogée depuis la défaite de 1870 - est ici pleinement assumée et relayée par la grande presse, qui montre, face aux colonisateurs, des « indigènes » déchaînés, cruels, aveuglés de fétichisme et assoiffés de sang. Les différentes populations exotiques tendent ainsi à être toutes montrées sous ce jour peu flatteur : il y a un phénomène d’uniformisation par la caricature de l’ensemble des « races » présentées, qui tend à les rendre presque indistinctes. Entre « eux » et « nous », une barrière infranchissable est désormais dressée.

Attractifs, les « sauvages » amenés en Occident le sont sans aucun doute, mais ils suscitent un sentiment de crainte. Leurs actions et leurs mouvements doivent être strictement contrôlés. Ils sont présentés comme absolument différents, et la mise en scène européenne les oblige à se conduire comme tels, puisqu’il leur est interdit de manifester tout signe d’assimilation, d’occidentalisation aussi longtemps qu’ils sont montrés. Ainsi, dans la plupart des manifestations, il est impensable qu’ils se mélangent avec les visiteurs. Grimés selon les stéréotypes en vigueur, leur accoutrement est conçu pour être le plus singulier possible. Les exhibés doivent en outre rester à l’intérieur d’une partie précisément circonscrite de l’espace de l’exposition (sous peine d’amende retenue sur leur maigre solde), marquant la frontière intangible entre leur monde et celui des citoyens qui les visitent, les inspectent. Une frontière délimite scrupuleusement la sauvagerie et la civilisation, la nature et la culture.

Quand le corps du « sauvage » fascine Le plus frappant dans cette brutale animalisation de l’autre est la réaction du public. Au cours de ces années d’exhibitions quotidiennes, fort peu de journalistes, d’hommes politiques ou de scientifiques s’émeuvent des conditions sanitaires et de parcage - souvent catastrophiques - des « indigènes » ; sans même parler des nombreux décès de populations comme lors de la présence des Indiens Kaliña (Galibi) en 1892, à Paris (4), peu habituées au climat français.

Quelques récits soulignent néanmoins l’effroi devant de tels spectacles. Au coeur de ceux-ci, l’attitude du public n’est pas le sujet le moins choquant : nombre de visiteurs jettent nourriture ou babioles aux groupes exposés, commentent les physionomies en les comparant aux primates (reprenant en cela l’une des antiennes de l’anthropologie physique, avide de débusquer les « caractères simiesques » des indigènes), ou rient franchement à la vision d’une Africaine malade et tremblante dans sa case. Ces descriptions - certes lacunaires - démontrent assez le succès de la « racialisation latente des esprits »chez les contemporains. Dans un tel contexte, l’Empire pouvait se déployer en toute bonne conscience et instituer en son sein l’inégalité juridique, politique et économique entre Européens et « indigènes », sur fond de racisme endémique, puisque la preuve était donnée en métropole que là-bas il n’y avait que des sauvages juste sortis des ténèbres.

Les zoos humains ne nous révèlent évidemment rien sur les « populations exotiques ». En revanche, ils sont un extraordinaire instrument d’analyse des mentalités de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 30. En effet, par essence, zoos, expositions et jardins avaient pour vocation de montrer le rare, le curieux, l’étrange, toutes expressions du non-habituel et du différent, par opposition à une construction rationnelle du monde élaborée selon des standards européens (5).

Ces mascarades furieuses ne sont-elles pas finalement l’image renversée de la férocité - bien réelle celle-là - de la conquête coloniale elle-même ? N’y a-t-il pas la volonté - délibérée ou inconsciente - de légitimer la brutalité des conquérants en animalisant les conquis ? Dans cette animalisation, la transgression des valeurs et des normes de ce qui constitue, pour l’Europe, la civilisation est un élément moteur.

Dans le domaine du sacré, la norme sexuelle est bien évidemment première. La polygamie touche ainsi l’un des fondements socio-religieux de la famille chrétienne. Le fait que les zoos humains accueillent des familles entières - avec les différentes épouses du chef de famille - est significatif. On vient contempler au mieux une incompréhensible bizarrerie, au pis la manifestation d’une lubricité animale. Avec, dans le regard, une interrogation en suspens, le désir inassouvi d’un fantasme qui, en Occident même, est le revers de l’interdit.

Le thème de la sexualité est particulièrement développé. Pour les « Noirs », le mythe d’une sexualité bestiale, plurielle, prend corps. Dans ce mythe, dans lequel entrent des considérations physiques (une grande vitalité, de même que des organes génitaux - chez l’homme et chez la femme - que l’on considère comme surdéveloppés), se cristallise cette ambivalence fascinée pour des êtres à la frontière de l’animalité et de l’humanité. Cette vitalité sexuelle renvoie elle-même à une vitalité corporelle d’ensemble - visible par exemple dans nombre de gravures des grands journaux illustrés de l’époque évoquant le combat vigoureux de « tribus » presque nues face aux troupes coloniales -, provoquant une fascination pour le corps du « sauvage ». Cette fascination est le produit de l’inquiétude, vive à la fin du XIXe siècle, de la « dégénérescence biologique » de l’Occident (6).

Après la conquête, la « mission civilisatrice » Dans le registre de la transgression du sacré, la récurrence du thème de l’anthropophagie est révélatrice. Alors qu’on ne sait à peu près rien à la fin du XIXe siècle d’une pratique sociale fortement ritualisée et de toute manière extrêmement limitée en Afrique subsaharienne, les images de « sauvages anthropophages » envahissent tous les médias et sont l’un des arguments les plus vendeurs des zoos humains (jusqu’à l’Exposition coloniale internationale de 1931 et la présence périphérique des Kanaks) (7). Le cannibalisme rompt en effet un tabou majeur : le rapprochement avec le monde animal s’impose d’évidence. Les mises en scène très évocatrices à ce sujet dans les exhibitions ou dans le cadre de salles de spectacles révèlent la puissance du thème.

A partir de l’exposition universelle de 1889 jusqu’à la fin de l’entre-deux-guerres, les expositions vont se mul tiplier, et tout particulièrement les expositions coloniales. Dans la quasi-totalité d’entre elles, un « village nègre », « indochinois », « arabe » ou « kanak » est proposé à la curiosité des visiteurs. Simultanément, ces villages « nègres », puis « noirs » ou « sénégalais » - signe d’une évolution sémantique fort inté ressante au lendemain de la Grande Guerre -, deviennent des attractions autonomes, itinérantes et parfaitement instrumentalisées en province, mais aussi dans toute l’Europe ou aux Etats-Unis.

Les présentations se sont succédé, année après année, à travers quatre ou cinq « troupes » distinctes sillonnant les grandes expositions régionales, comme Amiens, Angers, Nantes, Reims, Le Mans, Nice, Clermont-Ferrand, Lyon, Lille, Nogent, Orléans... et les grandes villes (et zoos) européens comme Hambourg, Anvers, Barcelone, Londres, Berlin ou Milan, autant de lieux où ont afflué 200 000 à 300 000 visiteurs par exhibition.

Les mises en scène sont ici beaucoup plus « ethnographiques », et les « villages » ressemblent à des décors de carton-pâte dignes des productions hollywoodiennes de l’époque sur l’« Afrique mystérieuse (8) ». On admire les productions locales et l’« artisanat » commercialisé (sans doute l’un des tout premiers « arts nègres » destinés au grand public !), des formes particulières d’organisation sociale sont progressivement reconnues, quand bien même elles sont généralement montrées comme les traces d’un passé que la coloni sation doit impérativement abolir. Les reconstitutions fantaisistes de « danses indi gènes » ou les épisodes historiques fameux s’espacent et s’estompent.

Une autre conjoncture se dessine : le « sauvage » (re)devient doux, coopératif, à l’image à vrai dire d’un Empire qu’on veut faire croire définitivement pacifié à la veille de la première guerre mondiale. A cette époque, les limites territoriales de l’Empire sont en effet tracées. A la conquête succède la « mission civilisatrice », discours dont les expositions coloniales se feront les ardents défenseurs. Au militaire succède l’administrateur. Sous l’influence « bénéfique » de la France des Lumières, de la République colonisatrice, les « indigènes » sont replacés au bas de l’échelle des civilisations, alors que la thématique proprement raciale tend à s’effacer. Les villages nègres remplacent les zoos humains. L’indigène reste un inférieur, certes, mais il est « docilisé », domestiqué, et on découvre chez lui des potentialités d’évolution qui justifient la geste impériale.

Cette nouvelle perception de l’autre-indigène trouvera sa plus grande intensité lors de l’Exposition coloniale internationale de Vincennes en 1931, qui, étendue sur des centaines d’hectares, est la mutation la plus aboutie du zoo humain sous couvert de mission civilisatrice, de bonne conscience coloniale et d’apostolat républicain.

Les zoos humains constituent ainsi un phénomène culturel fondamental - et jusqu’ici totalement occulté - par son ampleur mais aussi parce qu’il permet de comprendre comment se structure le rapport que construit alors la France coloniale, mais aussi l’Europe, à l’autre. De fait, la plupart des archétypes mis en scène par les zoos humains ne dessinent-ils pas la racine d’un inconscient collectif qui prendra au cours du siècle de multiples visages et qu’il est indispensable de déconstruire (9) ?

Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Sandrine Lemaire.Colonialisme, Identité culturelle, Idéologie, Impérialisme, Racisme, Europe


Nicolas Bancel
Maître de conférences à l’université Paris-XI - Orsay (Upres EA 1609/Cress).

Pascal Blanchard
Chercheur associé au CNRS et directeur de l’agence de communication historique Les Bâtisseurs de mémoire.

Sandrine Lemaire
Agrégée et enseignante, docteur en histoire de l’Institut universitaire européen de Florence et codirectrice avec Pascal Blanchard et Nicolas Bancel de La Fracture coloniale, La Découverte, Paris, 2005.


(1) Plakate, 1880-1914, Historiches Museum, Francfort.

(2) Tous les groupes « importés » n’avaient pas un statut exclusif et unique. Les Fuégiens, par exemple, habitants de la Terre de Feu, à l’extrême sud du continent sud-américain, semblent avoir été « transportés » tels des spécimens zoologiques proprement dits ; alors que les gauchos, sorte d’artistes sous contrat, avaient pleinement conscience de la mascarade qu’ils mettaient en scène pour les visiteurs.

(3) Nicolas Bancel, Pascal Blanchard et Laurent Gervereau, Images et colonies, Achac-BDIC, Paris, 1993.

(4) Gérard Collomb, « La photographie et son double. Les Kaliña et le "droit de regard" de l’Occident », in L’Autre et nous, éd. Syros-Achac, 1995, pp. 151-157.

(5) Anne McClintock, Imperial Leather. Race, Gender and Sexuality in the Colonial Contest, Routledge, Londres, 1994.

(6) Christian Pociellot et Daniel Denis (dir.), A l’école de l’aventure, PUS, Voiron, 1999.

(7) Didier Daeninckx, Cannibale, Gallimard (coll. « Folio »), éd. Verdier, rééd. 1998.

(8) Nom d’une troupe itinérante présentée au Jardin zoologique d’acclimatation.

(9) Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, De l’indigène à l’immigré, Gallimard, coll. « Découvertes », Paris, 1998.




Image 1923 - Brooklyn museum


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